Giovanni Falcone, la mémoire et la mort

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Dans le fourre tout de mes lectures, il y en a qui méritent qu’on s’y attarde. Ce lundi, je vous invite à lire « Giovanni Falcone » de Roberto Saviano.

Quand j’étais gamin, j’étais terrifié par certaines images de séries télé italiennes, autour de la mafia. J’avais raison d’avoir peur, la réalité brute était bien pire que les images des réalisations à petit budget.

Dénoncer la mafia et en subir le couroux

Plus grand, j’ai iconifié les bandits présentés par Scorsese et Coppola. J’avais tort, les vrais chefs mafieux de Sicile sont terrifiants.

Saviano a fait de sa vie une quête, une dénonciation de la mafia et de ses abus, de sa présence écrasante en Italie à ses connivences avec les différents pouvoirs en place. Son travail d’auteur et de journaliste lui valent d’être la cible éternelle des menaces et de vivre sous protection. Comme le protagoniste de son histoire.

Chevalier de la lutte anti mafia, Giovanni Falcone a vécu en sursis, dans l’attente de l’inévitable rafale qui l’emporterait. Roberto Saviani revient sur les derniers mois romancés du juge, du maxi procès au feu d’artifice abject de l’attentat qui l’a tué.

Lire Saviano c’est fluide, il écrit d’une plume précise, aiguisé eau fil de son travail de journaliste. On se perd bien parfois au détour de tous les noms de famille, victimes diverses de Cosa Nostra ou exécutants sordides des basses œuvres sanguinaires. La densité des noms de ceux qui sont tombés donne le vertige.

Un travail de recherche exemplaire

Pour créer son histoire comme un vrai roman, l’auteur a effectué un travail dense de recherche, se plongeant dans tous les récits parlant de la vie de Giovanni Falcone, des procès des années 80 et des différents protagonistes de cette période. Une recherche documentaire poussée que l’auteur prend le temps de détailler chapitre par chapitre à la fin du livre, pour montrer son attachement aux faits. Cela donne un texte profondément humain. Un texte qui donne un visage aux victimes, une vie propre rendant d’autant plus brute leur exécution, celle de Falcone en point d’orgue d’une escalade de violence incroyable.

En rendant hommage à Giovanni Falcone, Saviano accuse une nouvelle fois la société italienne, coupable de connivence avec la mafia, coupable d’inaction, l’acceptant comme un compagnon de route immuable, avec qui on travaille souvent main dans la main. Les verdicts des procès ne sont jamais figés et la magistrature italienne ne se prive pas de freiner les initiatives anti-mafia.

Ce combat, Roberto Saviano le poursuit à sa manière en rappelant la réalité froide d’une délinquance mafieuse endémique qui continue de tuer et contre qui la lutte semble éternelle. Giovanni Falcone y a laissé la vie et ce livre lui rend un juste hommage.

Contre la mafia, la lutte continue.


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