Une compagnie globale pour nous gouverner tous. Certains courants néo-réactionnaires y ont pensé et vous savez quoi ? Ça a déjà existé.
Porté par le goût salé d’une balade marine, mon inspiration de lecture hebdomadaire s’est envolée vers « 1629… ou l’effrayante histoire des naufragés du Jakarta » de Xavier Dorison et Timothée Montaigne, que je vous invite aujourd’hui à découvrir.
Autant de pouvoir qu’un état souverain
Avec la colonisation durant les XVIe et XVIIe siècles, des compagnies maritimes vont obtenir un pouvoir immense et la maitrise totale du commerce en direction des colonies, notamment les fameuses Indes Orientales. La VOC aux Pays Bas et la CIO pour le Royaume Uni ont été à cette période de véritables colosses qui ont eu la force d’un état.
En reprenant à leur compte l’histoire du Jakarta, Dorison et Montaigne nous replongent au cœur d’un événement marquant de l’histoire de la VOC, le naufrage du navire éponyme, l’un de leurs principaux vaisseaux. En préambule, les auteurs nous mettent en garde sur les libertés prises avec l’histoire, non pas pour se justifier, mais pour nous dire qu’ils ont minimisé les faits. Et quand on lit les faits relatés, on ne peut être que terrifiés.
Terrifiés par cette histoire de femmes et d’hommes lancés dans une expédition maritime, dont le tragique se dessine déjà dans les conditions insoutenable de la traversée, jusqu’à leur naufrage. Sur une île à la merci d’un chef de fortune et de ses sbires, la société ainsi reconstituée va s’adonner à ses instincts les plus vils, oubliant toute morale.
Avec un gout certain pour le clair obscur, Timothée Montaigne dépeint dans ses dessins, un monde poisseux, humide, sans se priver d’étaler son talent dans des images grandioses. C’est souvent beau, voire très beau, rendant encore plus insoutenable la crudité des événements. Le découpage inventif donne à l’histoire tout le rythme qui sied à un livre d’aventure.
Une histoire d’avarice et de capitalisme
1629, c’est aussi une histoire du capitalisme. C’est l’avarice de la compagnie maritime, la VOC, qui n’hésite pas dans sa course à la performance à sacrifier le bien être de l’équipage pour gagner quelques jours de voyage. C’est une compagnie et son représentant à bord, maitre suprême qui trône et gouverne ses hommes sans la moindre empathie. C’est une compagnie qui fuit lâchement le naufrage et quand elle reprend le contrôle, c’est en ayant peu de considérations humaines, où la vie d’un marin n’a pas plus de poids qu’un baril de vinaigre à récupérer.
Ce livre on peut le prendre comme un signal d’alerte, celui adressé à une société qui traite mal sa main d’œuvre peu qualifiée, qui regarde la bave au lèvres les plus riches devenir encore plus riches alors qu’ils sont exploités et traités comme du bétail, par une compagnie sans scrupules.
Alors qu’on évoque l’entreprise comme une solution efficace pour organiser la société, des histoires comme celle là nous ramène à un temps où les entreprises avaient ce pouvoir. Elles l’exerçaient avec la force de l’absolutisme et la conviction que ce pouvoir était légitime, pour mater et contrôler la masse indocile. Sans démocratie, sans garde fou. Avec brutalité.



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