Marcel Proust silhouette carton

Google n’a jamais demandé de phrases de 20 mots

Google n’a jamais demandé de phrases de 20 mots

Vingt mots par phrase. Pas un de plus. Vingt et un c’est le couperet. Le référencement plonge et plus personne ne vous lit. C’est la règle qu’on vous martèle sur les blogs SEO. Les extensions SEO colorient vos phrases en orange dès qu’elles dépassent le seuil fatidique. Vingt mots. Une légende urbaine promue au rang de commandement.

Google n’a jamais rien décrété de tel. Son algorithme analyse le sens, le contexte, la pertinence avec la question posée par l’internaute. Il ne compte pas les mots entre deux points comme un scrutateur zélé.

La phrase longue a toute sa place dans vos écrits.

La phrase courte claque. Comme une évidence. Elle sert les thématiques qui ont besoin d’’urgence. Mais certains contenus ont besoin d’autre chose : de nuance, d’enchaînement causal, de mise en perspective. Un récit qui installe une ambiance, une argumentation qui imbrique une multitude de concepts, une explication qui construit pas à pas un raisonnement complexe, tout cela réclame de l’espace.

Couper une pensée en cinq phrases hachées ne la rend pas plus claire. Le lecteur reconstitue lui-même le lien logique que vous avez refusé de faire à sa place. La phrase longue et bien construite porte une respiration différente. Elle enrichit le propos quand elle est maîtrisée. C’est un art de la tension et de la retombée.

L’alternance, voilà le vrai levier

L’alternance, voilà la vraie recette. Court ou long pourquoi choisir ? Une phrase longue qui déroule une idée suivie d’une phrase courte qui la referme ; Ce contraste crée du relief, un peu comme une route de montagne en vélo : une montée en transpirant et une descente express pour récupérer.

Pour lever les doutes que vous ont mis dans la tête tous les experts Linkedin de la phrase courte, référez-vous à Proust. Proust construisait des phrases capables de courir sur une page entière sans jamais être accusé d’avoir mal maîtrisé son sujet. Pire, il glissait même des tirets cadratins à l’intérieur de ses phrases fleuves. Et Grasset ne lui mettait pas une soufflante pour autant.

Proust les plaçait pour faire respirer sa syntaxe et offrir au lecteur une pause avant de replonger dans le flot. Contrairement à une intelligence artificielle qui balance des tirets cadratins à tout bout de champ pour faire genre, Proust le faisait avec une intention précise et ça donnait à ses textes un putain de flow.

Après tout le monde n’est pas obligé d’aller aussi loin que Proust, parce que dans Sodome et Gomorrhe, il arrive à faire une phrase de… 856 mots ! Et paf, Victor Hugo s’est lui arrêté à 823 mots dans Les Misérables. À l’époque, ça valait le coup d’être payé à la page.

L’absence de tempo, le vrai tempo

Car rien n’est plus indigeste qu’une littérature qui perd son lecteur sur la route. C’est particulièrement vrai dans certaines sciences humaines, dans la littérature scientifique, où la phrase s’allonge sans fin, où le vocabulaire devient hermétique au profane et parfois même pour les spécialistes.

Miguel Benasayag, auteur que j’apprécie et que je cite souvent, porte des concepts philosophiques forts. Mais son expression, même dans des textes courts, demande une lecture, puis une relecture, pour être sûr d’avoir suivi le fil. Chomsky en linguistique, Bourdieu par moments, Guy Debord aussi, sont des penseurs essentiels dont la prose peut décourager celui qui n’a pas fait dix ans d’études pour la décoder.

Pierre Bourdieu manifestation
Quand Pierre Bourdieu tentait d’expliquer ses concepts aux ouvriers.

Ce qui freine la compréhension de leur texte, c’est cette absence d’alternance dans le rythme conjuguée à un vocabulaire parfois hermétique qui n’ouvre pas la porte à la compréhension. La densité conceptuelle sans respiration syntaxique fatigue. Et comme tout le monde n’a pas le temps ni la possibilité d’avoir un espace de quiétude pour lire un livre, on passe simplement à autre chose, passant ainsi à côté de concepts qui pourraient être libérateurs.

Trois cases à cocher, une intention à donner

Une phrase efficace, qu’elle soit longue ou courte, coche trois cases : le tempo, la respiration, la clarté. Le tempo, c’est le rythme d’ensemble, l’alternance qui évite la monotonie. La respiration, ce sont les pauses, les virgules bien placées, les incises qui laissent le temps de digérer. La clarté, c’est le fond qui reste accessible, quelle que soit la forme choisie.

Et derrière ces trois cases, le plus important reste l’intention que vous voulez y mettre. Qui va me lire et avec quelle patience ? Un texte n’existe pas pour son auteur, il existe pour celui qui le reçoit. Se mettre à la place du lecteur final, c’est le seul vrai critère qui compte, bien avant le nombre de mots entre deux points.

Alors la prochaine fois que Yoast SEO essaye de vous couper la chique, regardez d’abord si votre phrase respire. Si elle sonne bien, si elle « slange », comme on dirait en langage cokney, n’y touchez pas. Tout le reste, c’est du chichi algorithmique.


Je suis Dominique, je rédige du contenu pour les entreprises et les associations, en laissant couler les mots.


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