Discours d'adieu Washington

Les dirigeants ont toujours eu des plumes

Les dirigeants ont toujours eu des plumes

Écrire ou ne pas écrire soi-même. La question vous empêche de dormir le soir ? Vous n’avez pas de soucis à vous faire. Car après tout, la pratique est historique.
Derrière votre appréhension, il y a des biais cognitifs qui sont à l’œuvre. Est-ce que les dessous de ma collaboration vont être dévoilés ? Vais-je perdre en légitimité si on me démasque ? Tout un tas de questions qui freinent l’action alors même que le monde numérique moderne demande une présence régulière.

Se faire aider, est-ce jouer double jeu ? L’histoire démontre le contraire. Les grands discours ont presque toujours été rédigés à plusieurs mains sans que leurs signataires y perdent leur autorité.

Washington signe, Hamilton rédige

En 1792, George Washington songe à quitter la présidence. Il demande un brouillon d’adieu à James Madison, puis reste finalement en poste. Quatre ans plus tard, il demande à Alexander Hamilton de rédiger une nouvelle version. Le texte paraît dans la presse de Philadelphie le 19 septembre 1796.

The Washington Papers ont étudié attentivement les brouillons. Les idées sont celles de Washington. La structure est celle de Hamilton. En ce qui concerne la tonalité, c’est un mélange qui est impossible à démêler, avec les apports de Jay et de Madison, le tout soumis à l’approbation finale de Washington. Washington tenait à citer le brouillon de Madison, devenu entre-temps l’un des principaux opposants à sa politique, dans l’espoir de se prémunir contre certaines critiques.

Ce texte reste l’un des plus importants de l’histoire politique américaine, sans que l’on puisse réellement dénouer qui a écrit quoi.

Sorensen ghostwriter avec Kennedy
Sorensen et Kennedy, une histoire de collaboration sans failles – image d’archive

Sorensen, Noonan : des plumes à l’écoute

Ted Sorensen fut la plume de John F. Kennedy. Parmi les discours fondamentaux, il a rédigé l’essentiel de celui prononcé à l’université Rice en 1962 qui lance la conquête de la Lune. Quand on lui demandait qui avait écrit la formule la plus célèbre de l’investiture, celle sur ce que l’on peut faire pour son pays, il répondait « Ask not ! », soit la fameuse formule elle-même. Dans ses mémoires publiées en 2008, Sorensen assume ne plus savoir de qui était la formule et assurait qu’il n’avait jamais confondu son rôle d’assistant avec celui de l’élu.

Le 28 janvier 1986, lorsque la navette Challenger explose en vol, Ronald Reagan doit s’adresser à la nation quelques heures plus tard. Peggy Noonan écrit pour lui un discours poignant. On se rappelle notamment la fin, extraite d’un poème de John Gillespie Magee Jr., « slipped the surly bonds of earth to touch the face of God », dont elle imaginait que les mots feraient sens pour Reagan. Reagan lui confiera plus tard que ces mots étaient gravés sur une plaque apposée devant l’école de sa fille. Noonan connaissait la voix intime de son président suffisamment pour lui apporter une touche si personnelle. La plume écoute la voix du signataire. Puis forte de cette base, elle peut deviner ce que le signataire souhaite exprimer, avec les mots justes.

En France, l’Élysée aussi a ses plumes

Michaël Moreau a consacré un livre à la fabrique des discours sous la Ve République, Les plumes du pouvoir (Plon). Il y relève que le nombre de discours, d’interventions des présidents n’a cessé d’augmenter depuis le début de la République. On a atteint jusqu’à 200 discours par an sous François Hollande, alors que De Gaulle, lui, prononçait des textes courts, appris par cœur. De Gaulle était plus friand des échanges sous la forme de conférences de presse qui donnaient à son expression plus de naturel. Certaines sont restées mémorables.

Emmanuel Macron a eu Sylvain Fort comme ghostwriter, de mai 2017 à janvier 2019. Nicolas Sarkozy trouvait la voix de ses commémorations sous la plume lyrique d’Henri Guaino, charge à Marie de Gandt de s’occuper des remises de décorations. François Mitterrand avait ses plumes également et, selon Moreau, ne se serait pas embarrassé des formes pour renvoyer à l’écrivain Erik Orsenna un projet de discours annoté d’un « Pour qui vous prenez-vous ? ». Car c’est bien le signataire qui garde le dernier mot et Mitterrand avait une idée bien tranchée de ce que devait être sa parole publique.

Nicolas Sarkozy, discours de Dakar
Quand le texte d’Henri Guaino renvoie une image condescendante de la France – image d’archive

Là où se joue l’honnêteté

Tous ces exemples historiques qui, j’espère, vous auront éclairé dessinent le même critère. Le signataire décide du fond. Il valide la forme. Car devant son auditoire, lorsqu’il s’agit de prononcer ces mots, c’est lui qui les assume.

Bien sûr, il existe des couacs. Le plus célèbre de l’histoire moderne reste le discours de Dakar prononcé en juillet 2007 par Nicolas Sarkozy, écrit par Henri Guaino. Face à la polémique immense qu’il a provoquée, Guaino, droit dans ses bottes, a défendu son discours, affirmant qu’il ne changerait rien si c’était à refaire sur sa formule « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire » aux relents colonialistes.

La plume ne renie rien, mais face aux étudiants sénégalais outrés, c’est le président de la République qui portait les mots. L’auteur répond de la plume. Le signataire répond de tout le reste. Aucune plume ne se substitue à celui qui parle.

Tribunes, vœux, posts : une même logique

Les vœux présidentiels sont le genre le plus ritualisé qui soit. Emmanuel Macron n’était à ses débuts pas du tout friand de cet exercice. Pour les vœux de la nouvelle année 2015, le média Slate s’est amusé à composer de faux vœux pour François Hollande en collant des phrases de ses prédécesseurs, de 1959 à 2013. L’exercice visait à démontrer qu’un tel rituel se prête facilement à la répétition. Un dirigeant qui rédige seul ses vœux entre deux rendez-vous court le même risque. Il retombe sur les formules connues, celles que tout le monde a déjà lues.

Il n’y a donc pas d’obligation de se cacher lorsqu’on se fait accompagner pour son expression écrite. Chefs d’entreprise et personnalités rédigent rarement eux-mêmes leurs publications. C’est d’autant plus vrai à mesure que l’on monte dans l’échelle hiérarchique. Le volume, le temps de réflexion nécessaire à l’écriture font qu’un ghostwriter se révèle souvent nécessaire. Certains dirigeants choisissent de l’assumer publiquement, d’autres gardent la collaboration confidentielle. Ce silence va de soi dans mon activité. Un critique américain évoquait, à propos de Sorensen, un code du silence chez les ghostwriters. Je l’applique de la même façon.

Alors comment on fait ?

Pour collaborer avec un ghostwriter, avec moi tant qu’à faire si vous appréciez de me lire, la méthode est plutôt simple. Un entretien, une rencontre si vous êtes à Bordeaux, quelques vocaux. On relit les notes qui dorment dans votre smartphone et qui n’attendent qu’à se transformer en tribune, en post LinkedIn. Je repère vos expressions, vos convictions, vos tics. Vous relisez, on corrige ensemble et la validation finale vous appartient.

Dans l’article précédent sur le ghostwriting, je rappelais Dumas et Maquet, et leur différend sur la reconnaissance. Nous réglons dès le départ ce qui se dit et ce qui reste dans l’ombre.

Les dirigeants ont toujours eu des plumes. La seule question honnête concerne la signature. Qui valide ? Qui assume ? et qui va répondre à la fin ? C’est vous. Mon devoir est de vous proposer le rendu que vous pourrez présenter sans ambages. Un texte qui vous appartient et qui fait entendre votre voix.


Je suis Dominique, je rédige du contenu pour les entreprises et les associations et bientôt peut-être pour vous.

On se connecte pour en parler ? dominique.clere@theflyingbicycle.com


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