Flaubert analyse SEO Yoast

Yoast vous met au vert, Flaubert vous aurait mis un vent

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Yoast vous met au vert, Flaubert vous aurait mis un vent

Le feu tricolore a remplacé le style

Vous connaissez la scène. Un plugin SEO, une pastille de couleur et le petit frisson de satisfaction quand elle passe au vert. Yoast, RankMath, peu importe le nom du gendarme, le principe reste le même : cocher des cases pour obtenir l’absolution algorithmique.

Flaubert lui, il ne cochait pas de cases. Il s’escrimait des semaines sur une phrase, cherchant le mot juste, quitte à hurler seul dans son gueuloir de Croisset. S’il avait dû soumettre Madame Bovary à un plugin de référencement, l’histoire se serait arrêtée à l’orange persistant, faute de mot-clé assez répété. Ce sont des générations d’écoliers qui auraient été soulagés. Alors qu’il y a tant et tant à dire sur l’écriture de Flaubert.

L’orange n’est pas une sentence

Le malentendu de fond, il est là. Les indicateurs de référencement sont utiles. Personne ne dit le contraire. Ils repèrent des oublis techniques, des balises manquantes, des structures bancales. Mais ils évaluent une check-list, pas une écriture. Le vert certifie juste que le texte correspond à un gabarit.

Les mots de liaison, ce ciment qui ne construit rien

Yoast surkiffe les mots de liaison. « Cependant », « en effet », « par ailleurs », plus vous en semez, plus la pastille affiche son sourire satisfait. Sauf que ces mots, censés fluidifier la lecture, deviennent souvent des chevilles creuses quand on les convoque pour la forme plutôt que pour le fond. Un « néanmoins » qui n’introduit aucune nuance ne relie rien. Ce que le texte gagne en apparence de logique, il le perd en vrai raisonnement.

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Tempête sur un Google ! Trop de mots de liaison, tue la compréhension

La phrase courte, une bonne idée mal comprise

Sur la longueur des phrases, l’outil n’a pas complètement tort. Le français aime la virgule, il aime les enchaîner, la subordonnée qui rebondit sur la relative, la parenthèse qui s’ouvre alors que la précédente s’est juste refermée. Une limite de longueur, ça peut faire du bien, ça oblige à trancher, à choisir un sujet, un verbe, un complément et à s’arrêter là.

Mais dans un texte démonstratif, celui qui déroule une idée pas à pas, la brièveté systématique casse le raisonnement plus qu’elle ne le sert. Une démonstration a besoin de souffle, d’un fil qui se prolonge le temps d’installer une nuance, avant de revenir à la phrase courte pour marquer le point. Découper à la serpe chaque idée en phrases de dix mots, c’est produire une succession de coups de tampon, pas un argumentaire. Yoast ne fait pas la différence entre le rythme voulu et le hachage mécanique.

L’épithète, ce marronnier que l’IA ne sait plus lâcher

Sur ce terrain, Yoast reste étrangement silencieux. Il ne voit rien venir du côté de l’adjectif, ce vieux compagnon du style français, alors que c’est justement là que l’intelligence artificielle en fait des tonnes. Deux qualificatifs pour un seul nom, une comparaison qui n’apporte rien, une opposition systématique du genre « non pas ceci, mais cela », martelée jusqu’à l’écœurement. Cette manie du contraste artificiel, je la fuis. Elle donne l’illusion d’une pensée nuancée, alors qu’elle n’est souvent qu’un tic de générateur, une béquille rhétorique qui remplace l’idée par sa mise en scène.

Les coquetteries que l’analyse mécanique ne voit pas passer

Là, le bât blesse vraiment et en le disant je me rends compte que je pèche aussi en faisant ce que je déteste, utiliser une expression toute faite. Un plugin analyse des balises, des longueurs, des répétitions. Il ne sent rien du style, ni de ses dérives. Le web se remplit de titres interchangeables, tous coulés dans le même moule : « Ce que X nous apprend sur Y », « Pourquoi Z va tout changer ». Des titres qui pourraient s’échanger d’un article à l’autre sans que personne ne s’en aperçoive, tant ils sont vides de toute identité propre. Yoast validera ce titre-là sans sourciller, pastille verte à l’appui, aveugle à sa fadeur.

Si on ajoute à ça les coquetteries « Made in IA » reconnaissables à 2000 bornes, dont l’exemple le plus fameux est l’overdose de tirets cadratins, de sauts de lignes intempestifs qui émaillent les textes sur Linkedin ou sur différents site, on atteint une normalisation d’écriture qui nivelle la langue par le bas. Les tirets cadratins ont leur utilité en français, pour un dialogue ou pour donner à la phrase une respiration. Mais jetés dans chaque paragraphe ils ressemblent à une forêt de pieux. Si vous hésitez à les utiliser, rappelez-vous que la parenthèse existe encore. Proust l’a utilisée jusqu’à l’overdose, ça lui a plutôt réussi.

L’océan numérique a besoin de diversité

Chaque enfant grandit différemment, chaque voix se forme à sa manière, avec ses tics, ses trouvailles, ses maladresses parfois. C’est cette diversité qui fait la richesse d’une famille comme d’une langue. Un texte devrait obéir à la même logique. Il devrait apporter sa couleur propre à ce grand océan numérique saturé de contenus qui se ressemblent tous, plutôt que de s’y fondre pour ne déranger personne. C’est cette multiplicité de styles, de tons, de manières de raconter, qui nourrit vraiment un web vivant. Pas l’uniformité verte d’un plugin content de lui.

Dans mon cas, avec Yoast on est fâché sur l’anaphore. L’anaphore c’est ma coquetterie à moi, tout comme l’anadiplose. L’anadiplose c’est ça, reprendre en début de phrase le dernier mot de la précédente. L’anadiplose, Yoast, ça ne va pas le déranger. Mais si je me lance dans l’anaphore, à trois débuts de phrases répétées, Yoast, il va tiquer. Pas sûr du coup qu’il aurait adoré la fameuse anaphore du « Moi Président » de François Hollande en 2012.

Cocher les cases sans perdre sa voix

Si vous cherchez juste à remplir des cases et à décrocher le feu vert, vous ne trouverez pas ça chez moi. En revanche, si vous voulez une vraie identité, sans copier-coller ni formule générique, on peut en discuter.

L’identité se crée dans la sincérité, dans ces mots que l’on choisit ensemble, pour leur impact sur ceux qui les liront, pas sur le volume de ceux qui y accéderont. Oui, j’écris parfois moi aussi « non pas ceci, mais cela », parce que de temps en temps c’est la manière la plus efficace de démontrer une idée.

Et cet article alors ? Premier jet importé sur l’ordinateur, tous les voyants sont au vert. Comme quoi, des fois, il suffit juste de faire entendre sa voix !


On parle de votre communication ? dominique.clere@theflyingbicycle.com

Je suis Dominique, je rédige du contenu pour les entreprises et les associations. Le feu vert, j’y tiens. Mais pas plus qu’à la phrase qui claque.


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